Verlaine : peintre ou poète ?

Publié le par BRAIDA Mireille

Face à Baudelaire, Verlaine semble "fade", en "demi-teinte" : là réside tout son génie, toute sa personnalité.
Il est le maître de la sourdine, du "petit", de l'ombre et de l'attente. Il exprime un certain quiétisme, ne veut pas "provoquer" l'extérieur.
Il évente, dépouille, exprime un monde feutré, surranné mais qui ne doit pas totalement endormir.

Pour éveiller l'acuité, il joue de la DISSONANCE : il crée la rupture, le malaise :
- vers impairs
- vulgarité qui écorche le langage
- déséquilibre, félure dans les coupes.

Même le lyrisme devient personnel : C'est le passage du "moi  personnel" au "moi impersonnel".
Sa poésie se situe dans l'intervalle.

Croquis parisien

La lune plaquait ses teintes de zinc
           Par angles obtus.
Des bouts de fumée en forme de cinq
sortaient drus et noirs des hauts toits pointus.

Le ciel était gris. La bise pleurait
            Ainsi qu'un basson.
Au loin, un matou frileux et discret
Miaulait d'étrange et grêle façon.

Moi, j'allais, rêvant du divin Platon
              Et de Phidias,
et de Salamine et de Marathon,
Sous l'oeil clignotant des bleus becs de gaz.


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