POESIES ETRANGERES

Hommage à ces textes mexicains :

 

"Est-il vrai que nous prenions du plaisir

A vivre sur la Terre ? Une seule chose est sûre,

Nous sommes tous nés dans la douleur,

Nous sommes tous dans l'angoisse

Et la tristesse, ici parmi les Hommes."

 

Nezahualcoyotl

 

 

PAROXYSME

 

En route vers d'autres rêves nous sommes sortis avec la

  fin du jour ;

une étrange aventure

nous a effeuillés dans le bonheur de la chair

et le coeur change

entre elle et la désolation du voyage.

 

Dans l'agglomération des quais

les sanglots ont  tout à coup éclaté ;

ensuite, pendant toute la nuit

sous mes rêves,

j'entends ses plaintes

et ses prières.

 

Le train est une rafale de fer

qui gifle le panorama et émeut tout.

 

J'épuise son souvenir

jusqu'au fond

de l'extase,

et battent dans le coeur

les couleurs lointaines de ses yeux.

 

Aujourd'hui nous passerons tout près de

   l'automne

et les prairies seront jaunes.

 

Je tressaille à cause d'elle !

Horizons inhabités de l'absence !

 

Demain tout sera

ennuagé de ses larmes,

et la vie qui arrive

est faible comme un souffle.

 

(Traduction de Nicole et Emile Martel)

MANUEL MAPLES ARCE

 

 

POESIE

 

Tu es la présence avec laquelle je parle

tout à coup, seul à seul.

Ce sont les mots qui te forment,

Ceux qui sortent du silence

et de la mare de rêve dans laquelle je me noie

libre jusqu'au réveil.

XAVIER VILLAURRUTIA

 

 

Chemins.jpg

 

 

Des chemins, des coins de rue, des croisées de route.

Le silence de personnes qui se sont endormies ;

qui se sont mises à l'abri derrière des murs

et des portes et de la chair ; qui se cachent

de leur coeur qui sait.

 

                                    A cette heure,

hé ! mes amis, artisans

peintres, astronomes, marins,

nous sommes éveillés. Notre tâche

est de régler certaines choses.

 

Il faut être attentifs, vigilants

pour que rien ne nous échappe ;

pour récupéré ce que nous avons oubié.

Penser, savoir, par exemple,

ce qui se passe quand se rencontrent

deux personnes qui vont s'aimer ; et ce qui se

passe quand meurt

toute seule une personne qu'on a aimée.

Et quand on sent qu'un être invisible

prend soudain place à côté de nous,

ou bien s'en va secrètement, nous abandonne,

qu'est ce qu'il y a qui ne nous appartenait pas, dans le

       premier

regard, le salut qu'on échange avec quelqu'un ?

RUBEN BONIFACE NUNO

(Traduction de Emile Martel)